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  • Photo du rédacteurStéphanie Côté Mongrain

Sylvain De Champlain, un sourire rassembleur devant l’obstacle


Les racines d’un entrepreneur au nord du monde


Dans une ville minière isolée aux confins de la Côte-Nord, sous l’influence de ses parents et de leurs cassettes audios usées par les nombreuses écoutes des discours motivationnels de Jean-Marc Chaput, le jeune Sylvain De Champlain développe sa fibre entrepreneuriale sans le savoir. Son père et sa mère, tous deux vendeurs de produits AMWAY, dont le catalogue s’étend dit-on « de l’épingle jusqu’au jet », exercent leur métier dans la localité de Gagnon. Victime de la chute du prix du fer, celle-ci ferme en 1985.

Aujourd’hui, la ville fantôme de Gagnon dort enfouie sous la terre, mais Sylvain De Champlain s’avère quant à lui bien actif et plus lumineux que jamais. À l’aube de sa soixantième année, Sylvain rayonne partout au Québec en tant qu’entrepreneur émérite, figure médiatique, formateur et président de son propre cabinet de conseillers financiers, De Champlain Groupe Financier.



De mineur à conseiller financier


Pendant ses études en mécanique au niveau collégial, le jeune Sylvain ne sait pas encore qu’il dînera un jour en compagnie du héros de son enfance, le premier motivateur québécois, Jean-Marc Chaput. Il convoite plutôt un emploi à la mine où travaille son père, derrière le célèbre « Mur Écran » de Fermont.

Plus tard, il déclarera d’un ton espiègle « ne pas y avoir particulièrement brillé ni en tant que coéquipier ni en tant que leader ».


Après neuf mois de service, quand Sylvain perd son travail dû à des coupures, il gagne la meilleure opportunité de sa vie : sortir du ventre de la mine pour se découvrir enfin au grand jour. Il se rappelle les cassettes audios de ses parents. Il se remémore les histoires des grands fondateurs d’entreprises et la façon dont ceux-ci transformaient l’adversité en occasion de se dépasser. Il se met alors en mode ouvert aux propositions et à l’abondance d’un monde immense à sa portée.

L’un de ses cousins vivant à Montréal, lui propose alors de le rejoindre et de devenir assureur-vie, le métier de planificateur financier n’existait pas vraiment encore à ce moment. En guise d’argument massue, son cousin lui lance de façon impromptue un vigoureux « t’as de la gueule, tu devrais bien t’en tirer ! ». Il n’en suffit pas plus à Sylvain afin d’obtenir son permis d’assureur avec aisance tout en s’inscrivant à l’université à temps partiel.

Déjà, la soif d’apprendre caractéristique de sa philosophie se fait sentir. Il complète un certificat en finance à l’UQAM et son titre de planificateur financier de l’IQPF (l’Institut Québécoise de Planification Financière) et se forme également, en épargne en allant chercher son titre de représentant en fonds d’investissements. À ce moment, Sylvain est représentant pour une grande firme québécoise. Bientôt, sa nature indépendante le rattrape. Il part à son compte, puis fonde son cabinet en 1995.



De conseiller financier à entrepreneur, « Le pire n’est pas si pire »


Sylvain De Champlain insiste sur la duplicité de son identité : « le côté entrepreneur est d’une importance égale à celui de conseiller financier ». Dans l’escient de mieux organiser sa croissance, il s’adjoint les services de trois employés. En 2000, il acquiert un bureau où la valeur des actifs sous gestion est le double des actifs qu’il gère déjà, ce qui triple la grosseur de son entreprise. Juste avant la bulle techno, il effectue un prêt d’une durée de sept ans avec BMO (Banque de Montréal) pour financer la transaction. Devant l’impératif du remboursement de sa dette, il doit garder le navire à flot financièrement parlant. En 2001, il décide de faire une autre acquisition moins de 2 mois avant les évènements du 11 septembre. Rappelons-nous que la période des marchés boursiers du début 2000 se caractérise par trois années consécutives de pertes pour les investisseurs. Comme investisseur, c’est un très mauvais moment pour se retrouver avec un nouveau conseiller financier.

Fidèle à son calme olympien, Sylvain rédige une lettre chaleureuse à chacun des noms sur la liste en y glissant un dépliant imprimé en couleurs, où il dresse un portrait de son équipe et détaille ses valeurs. Dans le message, Sylvain exprime son empathie à l’égard de ses nouveaux clients. En toute franchise, il confesse : « Vous avez hérité de moi malgré vous. Vous ne m’avez pas choisi. C’est à moi de maintenant vous démontrer que je vous mérite comme client. ». Il exhorte ensuite ses lecteurs à traverser la tempête à ses côtés au cours de cette phase trouble des marchés financiers. Les jours suivants, il appelle les nouveaux clients un à un, personnellement, au téléphone. Dans une écrasante majorité, ceux-ci lui accordent leur fidélité.


Cette vague d’incertitudes, avec entre autres le poids des dettes et d’une croissance fragile, a confirmé la capacité de Sylvain à bien performer sous pression. Celui-ci confesse avoir une propension quasi innée à supporter le stress, « du moins pour l’instant » précise-t-il en touchant du bois. Ni son moral ni son sommeil ne semblent se troubler dans les situations de crise. Le secret derrière cette énergie extraordinaire ? Sylvain rétorque simplement : « Se projeter les conséquences possibles. ». Pour gérer la pression, il suggère cet exercice de réflexion : « Il faut se demander ce qu’il pourrait arriver de pire. Souvent, les gens évitent de se poser ce genre de questions par peur peut-être ? Pourtant, quand on regarde la vérité en face, on constate que c’est plus d’anticipation que de mal. Disons que demain, j’échoue. Dans le plus horrible des cas, je fais faillite et je perds ma compagnie. C’est vrai. Mais bon, il me reste encore ma santé, mon intelligence et je n’ai plus de dette. Ha ha ! Finalement, le pire n’est pas si pire que ça. ». Les décennies suivantes s’inscrivent sous le signe d’une riche croissance.



Créer de la valeur par la différence


« En business, si tu suis le troupeau tu vas être dans le troupeau. » affirme Sylvain. Pour lui, la volonté de faire les choses autrement garantit une certaine longévité en affaires. Au fil des conversations avec les collègues, un commentaire revient constamment sur son entreprise : « Personne ne fait ce que vous faites ! ». Sylvain place la formation et la recherche au centre de ses préoccupations. Il implique son équipe et investit les fonds nécessaires pour rester à la fine pointe de son domaine. Ici, il faut souligner le verbe « investir », car de son point de vue, la formation n’est jamais une dépense gratuite. Selon lui, les petites accréditations peuvent également faire la différence, car la réalité du marché est en fluctuation permanente.


Conforme à son attitude visionnaire, Sylvain s’intéresse aux médias et à leur pouvoir de rejoindre les gens. On l’invite régulièrement dans les médias écrits et parlés, et même à Radio-Canada, sur le plateau de Gérald Fillion afin qu’il vulgarise des thèmes financiers. Par ailleurs, il produit avec une firme de communication, l’Agence FDM, tous les mois, une capsule diffusée sur YouTube dans laquelle il démystifie les enjeux financiers. Cela lui permet de partager ses connaissances, une autre de ses grandes passions.

Bien sûr, en parallèle de la formation et de son activité médiatique, Sylvain se tient toujours à l’affût de nouvelles acquisitions tout en gérant sa croissance organique.


Sans cesse, Sylvain peaufine son leadership. C’est une tâche essentielle et ardue. Sylvain aime à dire que c’est plusieurs formations universitaires en simultanées. La position de leader exige souvent d’apprendre sur le tas des secteurs spécialisés, chacun équivaut à un diplôme universitaire (les ressources humaines, le développement des affaires, le marketing, etc.). Et cela, c’est sans compter les deux tâches essentielles, bâtir une équipe idéale et avoir la capacité de la mobiliser.

En ce qui concerne Sylvain, la première qualité d’un leader se révèle être l’humilité. Dans cette perspective, le premier aveu d’humilité consiste à avoir recours à un œil extérieur, un coach ou un formateur en lien avec nos besoins. Il déplore les environnements dans lesquelles l’ego prime sur l’écosystème. Il répète « qu’un leader sans équipe n’est rien ».


Sylvain adore ce qu’il désigne comme une gestion à l’horizontale en opposition à une gestion à la verticale. Il réitère l’adage selon lequel « une équipe est toujours aussi forte que son maillon le plus faible ». Une structure hiérarchique trop ferme décourage à son avis la responsabilisation des membres de son équipe. Quand on considère les gens sur un pied d’égalité, cela valorise leur indépendance. C’est une habitude cruciale à adopter afin de bien déléguer. De plus, il faut parfaire sa manière de formuler les choses et s’assurer de bien communiquer les rôles.

Une astuce pour motiver les troupes :


« Mesurer le progrès, surtout après les périodes plus difficiles. »

Il recommande en particulier de souligner la fierté unique au rôle de chacun.



Être un bon leader, le savoir-être avant le savoir-faire


Aux yeux de Sylvain, « le leader est toujours jugé, il doit être inspirant ». Une chose à ne pas sous-estimer est le regard de son équipe sur son leader. Sylvain résume cela à cette courte phrase riche de sens : « Le leadership est un savoir-être avant d’être un savoir-faire. ».


Dans cette perspective, les valeurs du leader, ses actions en cohérences avec celles-ci et son énergie vont influencer son personnel. Quand les valeurs d’une personne ne cadrent pas avec une entreprise, cette dernière en souffre énormément en termes de temps et de productivité. Dans tous les paliers décisionnels, Sylvain prescrit une conformité aux valeurs. Celles-ci sont évidemment le fruit d’un travail de réflexion substantiel du leader, préférablement autour de cinq valeurs phares importantes pour sa personne et pour l’entreprise. Ces valeurs guident le choix des membres de son équipe. Cela permet à « tout le monde d’aller dans la même direction ». Sylvain se décrit comme « privilégié d’avoir eu sur mon chemin les bonnes personnes ». Il souligne aussi les bénéfices du partage des connaissances et de la formation au sein de l’équipe, « une dream team, ça doit se maintenir ».

Pour Sylvain, « À l’heure actuelle, la ressource essentielle est notre équipe. Plus que les clients, plus que le produit encore, nous dépendons de notre équipe. »


Trucs pratiques pour une planification à la hauteur de votre vision

Sylvain ressent un soutien indéfectible de la part de son équipe. Il confie : « Sans fausse modestie, une entreprise, ça prend un visionnaire. Et quand ton équipe te le confirme, ça touche au cœur. Il ne faut pas les décevoir et planifier les choses minutieusement afin de conserver sa « drive ».

Pour ce faire, Sylvain s’isole tous les trimestres, pour une journée complète et une fois par année pour une séance de trois jours de planification stratégique avec lui-même dans un chalet. Il y détermine l’organisation corporative et quotidienne de l’entreprise. Il examine ses options. La méthode consiste à faire en sorte d’être le meilleur gestionnaire possible. C’est un moment que Sylvain se donne pour faire de l’introspection et sonder ce qu’il juge le mieux pour l’entreprise. Il profite de ce temps de solitude pour ciseler sa vision avant une grande rencontre d’équipe à son retour. À cette fin, avec un soupçon de rire, Sylvain exige trois éléments non négociables : « un spa, un jacuzzi et un foyer au bois ». La détente et le recul procuré par ces éléments sont propices à des décisions plus mesurées selon son expérience. Il le conseille chaudement.



La générosité, la solidarité entrepreneuriale


À l’instar de son mentor de jeunesse, Jean-Marc Chaput, Sylvain voyage à travers le Québec et tente de transmettre sa flamme à ses pairs. Au fil de 15 années en tant que conférencier et coach, il a enseigné les conclusions de sa longue et profonde expérience à environ 700 conseillers financiers. À l’occasion, lors de conférences, on lui demande: « Vous partagez toutes vos trucs et vos façons de faire, ça ne vous dérange pas pour la concurrence ? ». À cela, Sylvain réplique : « Au moins 80 % des gens ne passeront pas à l’action et le reste va obtenir des résultats grâce à leur travail. On a été tellement généreux avec moi depuis mes débuts. J’ai profité de tellement de coaching, ce serait injuste de ne pas partager ça. En plus, si nos clients sont satisfaits, on ne sera pas en compétition ».



Le leadership généreux


Lorsque Sylvain De Champlain s’adresse à nous, ses paroles concilient la sagesse et le rire, la force et la douceur, la légèreté et la profondeur ; une fois qu’il nous raconte son parcours atypique avec une honnêteté désarmante, on comprend mieux comment une personne peut réunir avec autant d’harmonie des qualités aussi opposées. Derrière le conteur généreux, on ressent la présence d’un leader accompli.


Même s’il entrevoit déjà ses prochains objectifs de croissance dans un avenir très proche, il pense d’abord dédier du temps aux autres. Sylvain croit qu’un entrepreneur à succès doit redonner à la communauté. Son souhait le plus cher serait de construire une fondation De Champlain pour les jeunes du secondaire. Jusque dans les régions les plus éloignées, il voudrait transmettre aux adolescents ce que les casettes usées des discours motivationnels de Jean-Marc Chaput lui ont donné dans sa ville disparue de Gagnon : la conviction que « dans la vie, tout est possible et faut faire ce qui faut pour y arriver ».

 

Rédaction : Jean-Philippe Nadeau Marcoux



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