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Eric Dionne : Choisir sa vie d’entrepreneur, dix pas à la fois

  • Photo du rédacteur: Stéphanie Côté Mongrain
    Stéphanie Côté Mongrain
  • 13 août 2025
  • 7 min de lecture

Quand Eric Dionne court en forêt, c’est pour se reconnecter à lui-même. Racines, pierres, boue, branches basses : tout exige une vigilance constante. Pas le choix de regarder où tu poses le pied. Et c’est exactement ce qu’il cherche. Parce qu’à ses yeux, la forêt l’oblige à ne pas vivre sur le pilote automatique. C’est aussi là qu’il pense à ses affaires. Qu’il respire ses peurs. Qu’il les transforme en courage.


« Quand tu cours pis que t’es à bout, ton cerveau te crie d’arrêter. Mais tu fais dix pas de plus. Pis là, ton corps comprend qu’il est encore capable. En business, c’est pareil. »

Chez Eric, la course est un symbole de discipline. Il se lève à 4 h du matin pour aller au gym, non par envie, mais parce qu’il sait qu’il ira mieux après. Il applique la même logique à la tête de son entreprise : avancer, même quand c’est difficile. Parce que le succès, pour lui, commence par la constance. Une constance vivante, attentive, à l’écoute des détails, de ce qui se passe autour — et en dedans.


Ce rythme, il l’a transposé dans son approche entrepreneuriale. Courir permet d’être à l’écoute du corps, des limites, mais aussi de l’instinct. En affaires, c’est pareil : savoir quand accélérer, ralentir, ou changer de sentier. Eric vit son entreprise comme un prolongement de sa conscience en mouvement. Il ne décide pas depuis une tour d’ivoire, mais sur le terrain, au même niveau que ceux qui marchent avec lui.


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Multiples départs, une seule direction


Avant de prendre la tête d’Isobloc, entreprise de blocs de maçonnerie isolés à Mascouche, Eric a vécu plusieurs vies : ouvrier, vendeur en géospatial, directeur des ventes, consultant, fondateur de startup, coéquipier, démissionnaire, mentoré. Il a quitté une job à 200 000 $ par année pour une business de sous-sol qui n’a jamais levé. Il a connu les mois sans paye, les matins où la peur remplace le café, les pannes d’identité. Mais chaque fois, à sa manière, il a couru dix pas de plus. Dix pas lucides, pour remettre son choix de sentier en question. Une façon de refuser le confort sournois du pilote automatique.


« Moi, j’ai plus peur de pas le faire que de le faire. Rester dans une vie que t’as pas choisie, ça, c’est ma vraie peur. »

Il se décrit comme un enfant weird, introverti, qui se posait des questions d’adultes : « Qui engage le concierge ? Pourquoi des gens font des jobs qu’ils détestent ? » Il n’y avait pas d’entrepreneur autour de lui, mais il sentait déjà que le travail devait avoir du sens. Ce sera son obsession : ne pas vivre une vie prêt-à-porter. Pour lui, être entrepreneur, c’est d’abord trouver son why — et aider les autres à trouver le leur.


Trouver son why

Autour de la trentaine, Eric réalise qu’il répète un pattern : changer de job, chercher ce qui rend heureux, sans jamais le trouver. Il commence à poser les vraies questions :

« Est-ce que je vis la vie que j’ai choisie ? Est-ce que mon travail parle de qui je suis ? »


Son père, artiste talentueux devenu sculpteur, a choisi la sécurité. Multipliant les emplois alimentaires, il était respecté, mais pas pleinement épanoui. Eric, lui, veut vivre autrement. De sa passion. Et ne jamais s’excuser de vouloir être heureux.


Devenu directeur des ventes dans une entreprise en géospatial, sans être ingénieur, il performe fort. Mais il ne se sent pas à sa place. Il sait vendre, mais ne sait pas encore diriger. Il apprend à faire grandir les autres. Il demande du coaching. Il met ses valeurs sur papier. Il suit cette vision.


Lors d’une mission commerciale en France avec onze entrepreneurs québécois, un d’eux lui dit : « T’as de bonnes idées, Eric. Pourquoi tu fais pas de la consultation ? » Il se lance. Deux ans de réflexion, d’écoute, de pratique. Il comprend que l’entrepreneuriat, comme la course, demande clarté et lucidité, même en terrain instable.


Sa première startup est un crash financier. Mais une école de vie : « C’était pas une business qui a levé, mais tabarouette que j’ai grandi. »


Puis vient Isobloc. Une entreprise de 40 ans, négligée depuis un moment. Eric la reprend comme on prend un souffle avant de plonger : « J’l’ai déterrée. J’ai enlevé la boue dans sa bouche pis j’ai fait de la réanimation. » Il relance Isobloc comme une startup avec un produit mature. Trois ans plus tard, l’entreprise se développe.


Se développer en mouvement


Beaucoup s’étonnent de voir Eric si imperméable au rejet.


« J’m’en fous du refus ou de l’image. L’important, c’est de pas être paralysé. Mais ça, j’l’ai développé. Y’a 10-15 ans, j’étais tout l’contraire. »


Pour lui, les meilleurs livres d’affaires sont souvent des livres de croissance personnelle :

« Faut que t’améliores dans l’action. Pas attendre que ce soit parfait. Juste lever la barre un peu plus haute chaque fois. »

Devant 50 architectes en lunch & learn, sans posséder le cinquième de leur bagage technique, il parle avec assurance : « Faut être transparent, humble, pis là les gens te respectent. » Et d’ajouter : « J’vais pas danser sur les tables dans un party, j’ai l’air timide même si j’suis capable de vendre. »


Sa force, c’est la vente. Mais une vente ancrée dans l’écoute, l’intuition et l’authenticité.

En 2022, alors sur la liste d’attente pour donner un rein à la mère de ses enfants, il continue à rencontrer des clients. L’un d’eux lui dit : « J’vois aucune utilité à ce produit-là. »


Mais Eric y croit. Il apporte son petit bloc de démonstration dans le coffre, entre deux rencontres. Le même client, une semaine plus tard, signe un projet majeur. La foi a tenu plus longtemps que le doute.


L’imputabilité au cœur de la gestion


Pour Eric, être entrepreneur, ce n’est pas juste vendre des produits. C’est devenir quelqu’un de meilleur. « Tu veux être bon en vente ? Commence par régler ton ego. Faut que tu sois détaché du résultat. Pis pour ça, faut que tu travailles sur toi. »


Chez Isobloc, chaque employé porte la même responsabilité : ne pas vivre en zombie. Être imputable, pas juste exécutant. Chercher la meilleure idée, pas celle qui vient d’en haut.

Eric ne micromanagera jamais. Mais il demandera toujours : « Est-ce que t’as tout fait pour que ça marche ? T’as donné ton 100 % ? Moi, je vais donner le mien. Toi aussi. »


Avant, son plus gros problème, c’était de vouloir se faire aimer de tout le monde.


« J’acceptais de réparer des toitures quand chez nous c’était croche. J’me suis oublié. J’ai appris à dire non. J’veux pas être aimé. J’veux être respecté. »


Une équipe qu’on choisit


Pour Eric, l’essentiel d’un bon leader, c’est la responsabilité. Quand un employé ne livre pas, il ne cherche pas la faute ailleurs. Il se demande : « Est-ce que j’ai donné les bons outils ? L’environnement propice ? C’est quoi mon boutte à moi là-dedans ? »


C’est une manière de penser qui s’étend à toute son équipe. Pour lui, Isobloc fonctionne parce que les gens se choisissent. Et il leur rend hommage. Un jour, il a loué un chalet pour un lac à l’épaule, préparé tout un programme pour son équipe. Finalement, il a juste servi de la lasagne, ouvert du vin et écouté. Parce que le leadership, parfois, c’est juste être là. Présent.


« C’est pas vrai qu’on est une famille. La famille, on l’a pas choisie. Nous, on s’est choisis. Pis si y’a une attaque de zombies demain matin, je veux être avec vous autres. »


Prendre des décisions difficiles


Un jour, alors qu’il devait une somme importante à un fournisseur de béton, il prend son char, va le voir, et lui dit la vérité : « J’ai pas une cenne parce que j’ai juste assez pour payer mes employés. Mais j’te jure que j’vais te payer dès que possible. »


Le fournisseur lui répond : « Je crois en toi, Eric. Continue. » Avec le sourire, Eric déclare : « J’ai jamais été aussi content de devoir 100 000 piasses à quelqu’un. Parce que j’étais aligné. »


Le courage, pour lui, est une valeur fondatrice. Le courage de s’avouer vulnérable. De dire non à une opportunité trop belle pour être vraie. De dire : « J’le sens pas. » Le courage de se choisir.


Eric a un exercice récurrent pour s’écouter. Il s’imagine mort, couché dans sa tente, en train d’entendre ce que les gens diraient. Et il se demande : « Est-ce que je vivrais pareil si j’étais à la fin ? » « J’m’en fous de ce qu’ils diraient. L’important, c’est que moi j’sache que j’ai été moi-même. Que j’ai eu du fun. Que j’ai été vivant. »


Pour se ressourcer, il suit deux mantras : « Tout est parfait », et un deuxième, plus doux — culcul, selon ses propres mots — qu’il assume avec un sourire : « Pas tirer sur la fleur pour qu’elle pousse plus vite. » Depuis qu’il les pratique, il se sent plus calme. Il fait ses suivis avec sincérité, sans forcer. Et ça marche.


Quand un projet ne fonctionne pas ou ne résonne plus, Eric s’en retire. Comme ce contrat à 85 % complété qu’il a laissé tomber, parce que ça ne cadrait plus avec sa conscience. Aujourd’hui, il est soulagé.


Il a acquis une grande capacité de lâcher prise. Ou plutôt, la sagesse de reconnaître quand il faut le faire. C’est une des grandes leçons de sa trajectoire.


« C’est pas que ça m’atteint pas, l’échec. C’est juste que je rebondis plus vite maintenant. »


Sa définition du succès


« Le succès pour moi, c’est d’être dans le même état d’excitation le lundi matin que le vendredi après-midi. D’être heureux le dimanche soir. »


Pour Eric, le succès n’est pas un chiffre. C’est une manière d’habiter ses journées. D’être en symbiose avec ce qu’on pense, ce qu’on fait et ce qu’on veut devenir. Il valorise la vie intérieure. Et l’équilibre entre travail et famille.


Le dimanche soir, quand bien des gens soupirent en pensant à leur lundi, Eric est heureux. Il est sur son X. Chaque matin, il se lève avec un sentiment de gratitude. Parce qu’il sait qu’il a choisi sa vie. Et qu’il continue de la choisir. Avec courage. Et l’élan humain de faire, chaque jour, dix pas de plus sur le sentier qu’il s’est donné dans sa course.



Rédaction : Jean-Philippe Nadeau Marcoux



 
 
 

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