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  • Photo du rédacteurStéphanie Côté Mongrain

S’engager pour grandir

Une affaire de famille


Enfant, quand Sébastien Lachapelle joue dans le sous-sol de ses parents, Serge Lachapelle et Lise Lapointe, ce n’est pas dans une salle de jeu ou un second salon, mais bien dans l’entrepôt d’une « start up » d’appareils d’anesthésie vétérinaire de pointe, Dispomed.


Le petit Sébastien ne sait pas encore qu’il en sera un jour le repreneur, le copropriétaire et le président. Depuis son Joliette natal, il deviendra le gestionnaire d’une entreprise distribuant ses produits hauts de gamme dans plus de 35 pays à travers le monde et comptant environ une cinquantaine d’employés. Les objets qui peuplent l’imagination de Sébastien à cette époque seront à la source de son succès futur, mais cela ne viendra pas sans un prix et un parcours jonché de défis. Si on demande à Sébastien la valeur centrale de ce cheminement, il répond immédiatement : « L’engagement. ».


La genèse de Dispomed, de « start up » à entreprise


Dans les années 90, lorsque le petit Sébastien voit son père Serge travailler sans compter les heures dans leur maison dédiée à l’entreprise comme le ferait un « fermier dans une shop », la signification du mot « engagement » ne fait aucun doute. Un sourire bienveillant aux lèvres, Sébastien raconte cette époque de fondation de l’entreprise. Dès 1982, Serge Lachapelle cumule les heures dans le garage de son oncle avec son associé de l’époque, Jean-Pierre Charrette. Ensemble, ils ont l’idée d’adapter les appareils médicaux d’anesthésie fabriqués pour les humains aux besoins des animaux. Leur partenariat dur quatre ans, Jean-Pierre quitte la jeune compagnie. Il désire plutôt se consacrer à la fourniture et l’entretien des systèmes d’anesthésie et de ventilation du côté humain. Quant à lui, Serge s’investit dans la conception et le perfectionnement de ses produits. Il s’applique à les penser spécifiquement pour les besoins vétérinaires plus qu’à simplement les adapter.


La beauté et les défauts du « one-man band » entrepreneurial


Avec une affection évidente, Sébastien décrit son père Serge comme « un rêveur technicien ». Ce dernier œuvre avec très peu d’employés et tient à faire lui-même les choses. Serge possède un grand désir d’indépendance et s’intéresse davantage à l’innovation qu’à la gestion et aux ventes. C’est un passionné de son domaine plus que des affaires. À cet effet, en 1988, il embauche Lyne Dupuis. Armée de sa bonne humeur contagieuse et de sa rigueur, celle-ci devient représentante en vente et se retrouve à la direction générale. Lyne bâtit une liste de clients et fournit une aide solide à la gestion. Elle sera même actionnaire de la compagnie.


Au début des années 2000, Dispomed a maintenant ses propres locaux, sept employés et fait de l’exportation. Néanmoins, avec du recul et beaucoup de considérations pour les accomplissements de son père, Sébastien qualifie son approche de « one-man band », ce qui a pour effet d’être chronophage et de réduire la vitesse de croissance de l’entreprise. Un aspect que Sébastien tentera particulièrement d’améliorer tout au long de son ascension chez Dispomed.


« Ta meilleure opportunité d’investissement est ta jeunesse. »


Sébastien spécifie que Serge n’a jamais obligé sa famille à travailler dans l’entreprise. Sébastien évoque même une conversation avec Serge au sujet du fait qu’« au lieu d’avoir un seul boss, un entrepreneur en a plusieurs : les clients ». Sébastien se dépeint comme un jeune homme sérieux avant le temps, mentalement « plus vieux que son âge ». Il s’imagine déjà propriétaire de sa propre maison et indépendant financièrement lors de ses 15 ans. Adolescent, l’été, il commence donc peu à peu à travailler pour l’entreprise familiale. Il exerce d’abord des tâches de technicien. Il tient à jour les équipements et les démonte pour en extraire les pièces. D’ailleurs, il développe ce côté manuel en suivant un cours de mécanique de véhicules légers et de loisir (VTT). En effet, le tempérament d’homme d’action de Sébastien et ses ambitions précoces l’éloignent peu à peu de l’école, où « les choses n’avancent pas assez vite à son goût ». À force de « faire des heures », il développe son sens des responsabilités. Sébastien prend l’habitude de travailler jusqu’à tard le soir, pendant que « ses chums du secondaire » l’exhortent à sortir ou à flâner. Sébastien préfère le monde du travail et sa discipline à celle de l’école. De nature autodidacte, il décroche du système scolaire en quatrième année du secondaire et n’y retournera jamais. Sébastien évolue plus à son rythme sur le terrain. L’inconnu et sortir de sa zone de confort en situation réel stimule son apprentissage. Sébastien aime à offrir ce conseil aux jeunes entrepreneurs, quand il soulève le sujet des débuts en entreprise : « Ta meilleure opportunité d’investissement est ta jeunesse. ». Après trois ans en tant que machiniste pour Dispomed, Sébastien, 22 ans, achète sa première maison sans aide.


Évoluer devant l’inconnu


À l’aube de sa vie d’adulte, un évènement tragique marque une plus grande implication de Sébastien dans l’entreprise, Serge reçoit un diagnostic d’hépatite C. Les questions fusent alors dans l’esprit de Sébastien : « Si mon père n’est plus là, il va se passer quoi? ». « Les vieux sont faite tough. Est-ce qu’on va être capable de rouler sans lui? » se demande-t-il. C’est une période de crise. Point tournant du rôle de Sébastien au cœur de l’organisation, ce moment lui prouvera son courage et sa prédisposition à évoluer au fil des risques. Il met alors la main à la pâte à travers tous les postes possibles. Après avoir migré d’un projet à l’autre sans répit, Sébastien réalise que sa vision est trop « près de la shop ». Cela l’empêche de mieux comprendre les clients afin de faire évoluer l’offre de produits et sa perception du marché. À peine âgé de 24 ans, il remplace donc pendant quelque temps Lyne Dupuis comme directeur des ventes pour mieux connaître sa clientèle. Devant l’ampleur du marché ontarien, Sébastien décide de courtiser une nouvelle clientèle anglophone. Toutefois, son anglais s’avère approximatif, plus près du « Yes, no, toaster. » que du « To be or not to be. ». Malgré quelques épisodes de « baragouinage », il négocie avec une grande efficacité et sait se faire comprendre sur ce qui est essentiel. D’une clinique vétérinaire à une autre, à chaque rencontre, Sébastien perfectionne sa maîtrise fleurissante de la langue de Shakespeare et ne se laisse pas intimider par l’inconnu. Aujourd’hui, négocier en anglais fait partie de son quotidien. Pour Sébastien, évoluer, c’est savoir être assez permissif envers soi pour se donner la latitude de ne pas être parfait. Cela nous confère le courage nécessaire « à se jeter dans la gueule du loup pour se débrouiller ». En ce qui concerne Sébastien, c’est un solide moteur d’apprentissage.


La quête de la liberté


Cette période d’exploration aux ventes lui confère un territoire élargi de 500 cliniques à fournir, divisé entre le Québec et l’Ontario. Avec ce vaste marché, on peut fabriquer un nombre supérieur de produits et accroître son activité. Si Sébastien a voulu connaître les rouages de la vente et la pratique assidument, c’est qu’il veut éviter ce qu’il nomme « le piège de la microbusiness ». À la différence de son père Serge, Sébastien désire déléguer la conception et l’entretien du matériel. Sa véritable passion est de faire grandir l’entreprise. Dans cet objectif, il doit obtenir plus de temps libre. Il veut s’éloigner du « one-man band » trop chronophage et se rapprocher de la stratégie ainsi que du développement. La solution pour y parvenir? Trouver une équipe. Sébastien affirme que « quand on cherche la liberté, on trouve une équipe ». La force du groupe permet de déléguer et de s’octroyer des plages horaires dédiées à la vision stratégique. On peut ainsi mieux planifier sa croissance et rendre l’entreprise autonome. C’est un chemin vers plus de liberté. Dans cette optique, sa pensée est influencée par le livre Scalling Up qu’il recommande vivement.


Bâtir une équipe pour faire grandir une entreprise


Selon Sébastien, en plus de cultiver son sens de la structure, sa rigueur et discipline, qualités clés d’un jeune entrepreneur, celui-ci doit connaître les valeurs au centre de son entreprise. Il doit aussi les appliquer en dedans et en dehors des murs de l’entreprise avec une identique constance. Comment s’entourer sans partager des buts communs avec nos collaborateurs? Sébastien met de l’avant la valeur de l’engagement. Sans l’engagement, l’excellence est impossible. Il doit lire chez de futurs employés, non seulement leur compétence, mais aussi leur volonté à s’engager. Sébastien estime également que la passion pour son domaine et le respect de l’humain sont deux vertus fondamentales. Il faut bien choisir les gens selon ces critères de nos valeurs. La bonne entente et une relation riche en découlent majoritairement. Bien sûr, on ne peut pas s’attendre à ce que « les gens soient totalement comme nous » comme chef d’entreprise. Il faut donc gérer la liberté avec une forme d’encadrement. Pour ce faire, la responsabilisation est cruciale. Avoir confiance en son employé permet aussi un plus grand sentiment de reconnaissance envers lui. Il faut souligner son importance et sa contribution sur une base quotidienne. Afin d’atteindre ce niveau d’indépendance de l’employé, Sébastien accorde beaucoup de soin à bien déterminer les mandats et donner les projets. Cela nécessite de s’ouvrir aux différences, de respecter les autres, de s’adapter à leur langage et surtout de les écouter attentivement.


Encourager l’initiative


Sébastien déclare : « À toutes les fois que j’engage quelqu’un, j’espère qu’il sera meilleur que moi. ». Sébastien entretient l’avis que « mettre à l’épreuve un employé et le pousser à aller plus loin en lui est une source de motivation puissante ». Il parle aussi du phénomène des intrapreneurs, des employés avec un esprit entrepreneurial et novateur à l’intérieur de l’entreprise. Il suggère de les laisser avoir leurs propres couleurs. Ce sont des éléments, qui avec un bon encadrement, enrichissent l’environnement et stimulent l’équipe. Une équipe avec de l’initiative est une équipe autonome. Voilà le chemin vers plus de liberté et de temps.


La sagesse


En 2016, Sébastien rachète Dispomed avec sa sœur Mélissa à Serge. La voix sereine, il confie : « C’est un beau cadeau qu’il nous a fait. ». En 2022, une cinquantaine d’employés œuvrent à la croissance de l’entreprise. En plus de consolider son service après-vente, Sébastien vise le marché américain, dix fois plus gros que celui du Canada. Il rêve que Dispomed et le Québec soient le village gaulois des fournisseurs d’équipements vétérinaires en Amérique du Nord. Il a fallu dix ans pour conquérir le Canada, il s’en donne dix autres pour les États-Unis. Personnellement, Sébastien aimerait atteindre un meilleur équilibre entre le travail et la famille. Il veut plus de « air lousse familial » et le loisir de construire sa propre maison tranquillement avec les siens. Quand on lui demande ses réalisations dont il est le plus fier, Sébastien répond avec un regard brillant de sagesse : « Ne pas avoir eu peur de surmonter l’inconnu et pouvoir profiter de plus de moments avec mes enfants. ».

 

Rédaction : Jean-Philippe Nadeau Marcoux



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