• Stéphanie Côté Mongrain

Devenir le leader du "ici et maintenant" de sa vie

Après deux années passées à tondre des pelouses et à établir une liste de clients conséquente, le jeune Stevens Bergeron embauche ses deux premiers employés. Il vient de célébrer son treizième anniversaire. À l’école, on le connaît pour ses qualités d’organisateur. II fait de chaque projet une entreprise et se plaît à mobiliser les énergies de ses camarades de classe. Il débusque ainsi les talents chez ses amis et les besoins à combler sur les terrains de ses voisins.

En route vers la maison, dans l’autobus, il pense aux terrains à réaménager et aux contrats possibles. Dans sa famille, on remarque sa vitalité foudroyante. Il est toujours sorti. Il réalise ses idées. Il avance ses projets sans pour autant se détourner des gens. Déjà son sens aigu de l’écoute se manifeste quand, lors d’une conversation après une dure journée de travail, sa mère lui partage ce qui devient sa règle d’or : « Stevens, ne demande pas aux autres ce que t’aimerais pas faire toi-même ». C’est le premier conseil d’une longue série d’apprentissages marquée par une soif de connaître encore insatiable aujourd’hui.



Apprendre dans l’action


L’histoire de Stevens Bergeron, c’est d’abord un parcours de terrain, celui d’un homme aux multiples chapeaux, celui de paupières alourdies par des semaines de 100 heures, d’ajustements répétés au fil des erreurs avec les deux mains dans la terre et les deux yeux dans les comptes, celui d’un homme ayant grandi avec la passion du travail bien fait et toujours à explorer la prochaine étape. Toutefois, avec le temps et la petite famille, ce parcours évolue vers celui d’un leader à la recherche de l’efficience et de la qualité de vie nécessaire afin de « voir grandir les enfants ».


La liberté comme projet entrepreneurial


Pour véritablement devenir l’entrepreneur derrière la croissance et le succès de Bergeron paysagiste, Stevens affirme lui-même, en citant Fernand le pêcheur d'Alexandre Poulin en guise de modèle, qu’« il ne faut pas perdre sa vie à la gagner ». Me parlant de cette chanson et me confiant ses réflexions à ce sujet avec son cœur, Stevens m’avoue qu’il a réalisé à ce moment de sa vie, que pour lui, être entrepreneur signifie surtout se donner les moyens d’atteindre une liberté dans sa qualité de vie et dans celle de ses travailleurs.


Il affirme que ses expériences et plusieurs rencontres lui ont progressivement ouvert les yeux sur le fait que


« la communication est le meilleur outil au monde et ça ne coûte rien » comme lui apprit son mentor Marc Dutil.

Lui qui a passé des journées sans dormir à se rhabiller après une douche rapide pour en recommencer une autre aussitôt; lui qui a multiplié les métiers sur ses contrats pour subvenir à la demande croissante de sa clientèle, doit dès lors apprendre à déléguer, car « ne pas déléguer coûte des nuits blanches. ». À ce moment, il ne se doute pas des 60 employés qui feront partie de son équipe ni d’être le fondateur d’une future référence en aménagement paysager au Québec.


Trouver le langage de l’autre


Stevens cherche la façon de livrer le meilleur service sans sacrifier ses valeurs humaines et de précieuses heures avec ses proches. Pour ce faire, il s’instruit majoritairement en repassant en boucle dans sa tête les situations de son quotidien sur le plancher, mais il ne néglige pas pour autant le partage des expériences avec d’autres entrepreneurs, de conseillers et d’une formation de deux ans à L’École d’Entrepreneurship de Beauce en 2014.

Durant une de ses formations sur la communication à l'EEB, Marc Dutil énonce une phrase marquante pour le développement de sa pensée :


« Il faut la bonne clé pour ouvrir le bon coffre-fort. ».

C’est parce que les gens sont différents qu’il faut s’adapter au langage de chacun, mais c’est aussi parce qu’ils sont différents qu’ils possèdent des compétences ainsi que des forces complémentaires.

Constatant la diversité des caractères et des manières de s’exprimer autour de lui, il apprend la langue et les codes de son interlocuteur au mieux de ses capacités. Il s’assure de transmettre un objectif clair selon la définition de la clarté de celui à qui il s’adresse. Il répète aussi souvent que possible, car dans les rebondissements d’une journée, il est bon de valider ses buts et ainsi mieux brosser un portrait de ce qui a été fait.

Stevens rappelle, que pour le bon fonctionnement et un roulement efficace de son flot de production, faire ses suivis avec une grande discipline est crucial ne serait-ce que pour anticiper les défis insoupçonnés d’une situation ou se réjouir de l’avancement fulgurant de ses plans au profit du moral de ses troupes. Néanmoins, sans une flexibilité et une mise à niveau de notre langage à celui de l’autre, la chaîne de communication est compromise.


Le dialogue entre la théorie et la pratique


À cet effet, Stevens dévore des livres sur les profils dynamiques (types de personnalités catégorisés en système de couleurs) et la méthode OSBD (apprendre à communiquer objectivement ses émotions dans le respect). Cependant, c’est avec son équipe et en affûtant son oreille patiemment d’un humain à un autre, qu’il perfectionne cette qualité au centre de son rôle de leader.


La gestion des énergies


Une intuition qui le suit depuis ses débuts se confirme : l’importance de l’ici et du maintenant de la vie dans le dialogue comme dans l’action. En tant que chef d’entreprise, il consacre son énergie, mais plus précisément son temps, à être présent pour son équipe. Il insiste sur ce point : « Si on fournit le temps, les gens s’ouvrent ».

Stevens accorde une place de première importance à l’échange d’énergie dans les relations humaines. Il traite de ce sujet avec des termes relatifs au « retrait ou au dépôt d’énergie ». C’est une philosophie de gestion basée sur la circulation de l’énergie et de la force vitale de son équipe et de lui-même.

Par exemple, pour un commentaire critique à un employé, il faut s’adjoindre l’énergie provoquée par quelques compliments bien sentis. Dans l’objectif de maintenir un climat positif, la notion de reconnaissance s’avère capitale. Par conséquent, Stevens ne manque aucune occasion de souligner le mérite parmi son équipe de manière très vocale. Selon lui, valoriser par la reconnaissance mène à un second enjeu central, l’art de déléguer en responsabilisant.

Dans l’optique de Stevens, la question : « Toi, tu ferais quoi avec ça? » devrait être récurrente aux lèvres du leader aguerri. En plus de mettre l’accent sur les qualités de son employé, de démontrer l’importance de son opinion et de fournir des solutions originales, cette question a pour avantage indirect de conserver la résolution de problème sur le terrain de l’expert. Stevens use de cette expression : « Faut empêcher les gens de te pitcher leurs singes. ». Par-là, il veut démontrer l’importance de la responsabilisation de son personnel pour son propre temps, celui de l’entreprise, mais aussi dans la reconnaissance de l’expertise de chacun. C’est également un excellent moyen d’éviter la surcharge et de stabiliser la répartition des tâches. Cela permet de ne pas accumuler les problèmes et de les analyser un par un en optimisant la gestion de son stress.

Le leader doit respirer le calme et préserver ses énergies afin que cela rayonne autour de lui. Pourtant, ce dernier doit aussi conserver son authenticité et « parler vrai » sans compromettre cette aura de maîtrise de soi.

Être vrai n'est pas être à fleur de peau


Une chose se présente d’emblée quand on discute avec Stevens Bergeron, un mélange étrangement tempéré entre une franchise absolue et une émotion mesurée. Il sait parler avec douceur de choses dures, avec légèreté de choses profondes et avec le sourire de choses graves; il y a quelques choses d’à la fois très humain et angélique dans son ton, celui de la transparence alliée à la stratégie.


Il calcule ses visions futures avec nous, partage ses doutes sans les considérer comme un obstacle, mais plutôt comme une équation à résoudre. Sa mesure commande le « être vrai » chez celui qui lui répond. Pour Stevens, il faut se monter franc et authentique devant son équipe, dévoiler ses plans et ses émotions. Toutefois, il faut le faire en temps et lieu dans le calme et l’ouverture. En cela, nous ne gérons plus des employés, nous conversons plutôt avec des individus aux perspectives et aux émotions teintées de leur originalité. Avec cette façon de concevoir son rôle, selon Stevens, on parvient à construire un comité fort tourné vers des interactions constructives et des interactions éducatives.


Avoir un réseau ancré dans sa réalité


Stevens préconise l’entraide au cœur de l’entreprise, mais aussi avec ses pairs. Il rappelle la richesse d’aller vers sa communauté, de se présenter, d’expliquer sa réalité, de lui tendre la main et de trouver des gens d’expérience afin d’en discuter. Il suggère l’inscription à des groupements de chefs d’entreprises ou des organisations propices à la rencontre de leaders ayant fait leur marque. C’est une voie vers la validation de ses choix et de ses grandes perspectives.

S'accomplir sur le long terme


La source de motivation derrière les progrès, le travail et la détermination de Stevens Bergeron?

« Un gagnant ne lâche jamais et un lâcheur ne gagne jamais », tel est le mantra de l’entrepreneur a succès.

La voix à la fois étouffée et puissante de Stevens mentionne la satisfaction d’être parti de zéro, de la pelouse du voisin aux aménagements paysagers de prestige reconnus par l’industrie.


Stevens termine en murmurant comme on le fait d’un secret que « se réaliser comme personne implique la réalisation des gens autour de soi » et qu’il n’y pas meilleure manière d’investir son temps dans une vie, sinon pour voir grandir les autres à ses côtés.


 

Rédaction : Jean-Philippe Nadeau Marcoux

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