• Stéphanie Côté Mongrain

Faire vivre votre culture au-delà de la pandémie

Lors du dernier Gala Dominique-Rollin de la CCIRS, LABPLAS a remporté 3 prix un jamais vu dans ce concours. L’un de ses Prix d’Excellence est celui dans la catégorie « Stratégie en temps de pandémie ».


Nous avons donc voulu en savoir davantage sur les gestes clés qu’ils ont posés pour conserver le moral des équipes pendant cette longue période d’insécurité et de chamboulements. Nous nous sommes entretenus avec Danielle Lafond, présidente de LABPLAS. Assurer le bien-être au travail a toujours fait partie de ses priorités. Le bonheur de « sa gang » est au centre de ses actions et ses réflexions. Découvrez comment cette dernière année l’a amené à aller encore plus loin pour solidifier la culture de son entreprise!


LABPLAS INC. est une PME privée québécoise située à Sainte-Julie. Fondée en 1987, elle fabrique, depuis plus de 30 ans, des gammes de produits d’échantillonnage stériles qui répondent à des besoins très pointus d’analyse de salubrité et de composition dans les industries agroalimentaire, pharmaceutique, vétérinaire, chimique et environnementale.

LABPLAS emploie 90 employés permanents. Un important sentiment d’appartenance a été développé au sein de l’entreprise; quinze employés ont plus de dix ans de service, dont sept cumulent plus de vingt ans d’ancienneté en production.

Quelle a été votre réaction face au prix d’Excellence « Stratégie en temps de pandémie » ?


Le temps passe vite, mais quand tu prends le temps de t’arrêter, tu réalises que beaucoup de choses ont été accomplies. Surtout les entrepreneurs, nous sommes toujours en train de planifier le futur. C’est rare qu’on regarde en arrière. Alors quand tu prends le temps de regarder ce qui a été fait… Tout d’un coup tu comprends pourquoi tu es fatiguée, mentionne-t-elle en riant.


Les concours, j’ai toujours aimé cela, car ça t’oblige justement à t’arrêter et voir ce qui a été réalisé. On est particulièrement fier de ce prix, car c’est celui qui avait le plus de « saveur humaine ». Et c’est plus moi cela, le côté humain. C’est un prix qui est venu me réchauffer le cœur cette année, mentionne-t-elle en souriant. Si tu ne t’arrêtes jamais pour regarder ce qui a été accompli, d’où tu es partie et où tu es rendue, personne d’autre ne va te donner la tape dans le dos.


Ce prix est également pour tous les employés de LABPLAS. Nous avons été exigeants, on leur en a demandé beaucoup. On le sait que cette année n’a pas été facile, ni pour eux, ni pour nous, mais au moins nos efforts ont été reconnus. Nous étions étonnés de recevoir ce prix, mais nous en sommes très fiers.


Quels sont les gestes qui ont été posés pendant la pandémie pour conserver le « bonheur au travail » malgré la situation ?


Avant Noël, on a commencé à se dire qu’il fallait faire quelque chose du côté psychologique. On le voyait, les gens avaient moins de patience. Alors, je me suis mise à lire et m’informer sur le stress chronique… C’était « drette ça »! On a donc commencé à rencontrer et avertir les directeurs qu’ils étaient importants d’observer les employés et que certain pourraient « péter des coches », que ce ne serait pas dirigé contre eux et qu’il fallait, en tant que directeur, dédramatiser cette situation et alléger l’atmosphère. En partant de là, on a voulu poser des gestes pour rendre la situation plus le fun et une façon de baisser le stress a été d’arrêter de focusser sur la pandémie.


Jusqu’à janvier, on avait fait beaucoup de prévention : des capsules vidéo informatives sur comment bien se laver les mains, des capsules scientifiques, des boites UV avec des liquides fluorescents pour voir si les mains étaient lavées adéquatement. On a donc décidé, à partir de janvier, de passer plutôt par l’humour pour changer l’atmosphère. De là sont nées les capsules humoristiques. On a rejoint une tonne d’humoristes. Ce n’est pas facile comme démarche, dit-elle en riant, mais on a des capsules vidéo magiques. Plusieurs humoristes ont décidé d’embarquer et faire un clin d’œil aux employés pour les encourager. Ça été des beaux moments. Ces capsules sont sur notre groupe Facebook privé. Elles sont vraiment destinées à nos employés. On a nommé la campagne « Lève tes coins ». On s’est même fait un logo avec un bonhomme sourire avec des flèches vers le haut! Et, Audrey, responsable du marketing a eu beaucoup de travail a coordonner et bien répartir un calendrier de folies en plus du reste.

Toutes les semaines, la réceptionniste publie une « joke » sur Teams et au bureau. La télévision de la cafétéria a aussi été mise sur les postes de cartoon. Pas des affaires lourdes, juste des contenus pour rire et alléger l’ambiance.


On a également fait beaucoup de

« challenges » avec les équipes. Il y avait 3 challenges par mois à accomplir et les employés devaient mettre la photo de leur accomplissement sur notre groupe Facebook. C’étaient des défis du type « faire un bonhomme de neige », « aller marcher en nature ». Le but était vraiment d’inciter les gens à bouger, à prendre l’air et à modifier le quotidien.


Et toutes les activités qu’on fait normalement, comme souligner l’Halloween, nous l’avons fait pareil de façon virtuelle et pour ceux qui devaient travailler à l’usine. Nous avons fait nos journées thématiques habituelles, mais il fallait toujours penser de deux façons : pour pouvoir rejoindre nos gens qui étaient à la maison et les travailleurs à l’usine en suivant les consignes.


Je ne sais pas où sont passés ces 18 mois! Tout s’est fait d’une semaine à l’autre. On était toujours en mouvement. On a accompagné et accommodé les employés. On a entre autres donné une semaine de congé payé à tout le monde (ou des journées mobiles pour les mécanos) quand il y avait moins de travail. On a donné au total, l’équivalent de 1 semaine et demie comme cela.


Il y a un travail important derrière toutes ces démarches, voyez-vous les répercussions ? Selon vous, c’est important de le faire ?


Je pense que oui. Nous n’avons pas eu une crise dans l’entreprise. On a eu des gens qui n’avaient pas le sourire, on a eu des gens pour qui c’était plus difficile, mais pas de crise.

Nous avons eu des employés qui ont vécu des choses très difficiles, des décès de proches entre autres. Dans ce cas-là, on le vit tout le monde ensemble. Nous sommes une « petite gang » et nous sommes très proches. Nous avons fait des vidéos témoignages pour montrer le soutien de tous les employés. Ça été trés apprécié dans la situation actuelle. Tout cela fait que les gens se sentent plus unis.


Nous avons également voulu continuer à souligner les événements. Nous avons entre autres remis dernièrement une montre de 10e anniversaire à un technicien. Au lieu de faire quelque chose de gros comme d’habitude, on est allé le faire sur le plancher. Nous en avons fait dans la dernière année, des 10 ans, 20 ans, des retraites… Nous avons fait cela en mini groupe en suivant les consignes et nous l’avons le publie sur le groupe Facebook. On leur a promis un gros gala lorsque ce sera possible de le faire. On tient à le souligner tout de même au bon moment, parce que c’est là que ça se passe.


Selon moi, ces attentions font partie de l’emploi. J’ai toujours pensé que dans une entreprise la portion la plus importante, ce sont tes employés. Tu auras beau avoir des gros contrats et un beau produit, si tu n’as pas d’employés pour le faire, oublie ça. C’est toute l’équipe ensemble qui est importante. Tous les postes, peu importe lequel, sont tous aussi importants. Alors, il faut réussir à créer une harmonie, une unité et faire une famille.

Aujourd’hui, les gens sont quand même bien, souriants et de bonne humeur. C’est certain que ce n’a pas été facile, mais le moral est resté. …Mais il ne faut pas lâcher, faut continuer à mettre de la gaité.


Nous avons une bonne capacité d’attraction aussi parce qu’on bouge tout le temps, nous ne sommes pas statiques. On ne fait pas la même affaire tout le temps. On est toujours en croissance, on se remet continuellement en question. Tout autant dans nos structures que dans notre business. Comment peut-on faire différemment? Comment pouvons-nous aider les laboratoires pour que ce soit plus rapide, plus sécuritaire? On est toujours en train de se requestionner sur la façon qu’on doit faire les choses. Et cela, c’est pour tout le monde. Moi, j’aime le groupe. Je n’aime pas diriger. Et Benoit, directeur général, est pareil. Dans le sens que c’est « la gang ». On va aller cherche le meilleur de toute l’équipe. Et cela quand tu rentres dans l’entreprise tu le sens. Il y a quelque chose qui transpire de l’entreprise qui fait que comme individu, les gens se sentent bien et accueillis.


Est-ce que mettre l’humain au centre des priorités facilite également le travail comme entrepreneur ?


Pas nécessairement, car il y a des choses que tu n’as pas le choix de faire comme entrepreneur, comme la discipline et certaines décisions désagréables. À partir du moment que tu as créé une relation humaine, ce job-là est beaucoup plus difficile que si tu n’en avais pas.


Si tu congédies un numéro, tu t’en fous… Mais là tu congédies des personnes que tu connais depuis longtemps, tu connais leur vie personnelle, leurs défis, embuches. À ce moment-là, tu commences à te poser des questions à savoir si tu ne peux pas agir différemment. Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose que je pourrais faire pour l’aider? Est-ce qu’on pourrait le placer ailleurs? Tu vas essayer de comprendre pourquoi il a fait ça. Tu vas vouloir prendre le temps de t’asseoir avec et en discuter. Et souvent tu réalises que la personne est réellement mal de la situation et elle va travailler 5 fois plus après. Alors c’est plus facile, mais pas dans toutes les situations. Et dans les derniers mois, c’était plus difficile, car tout le monde est davantage sur les nerfs.


Vous aviez déjà la volonté de créer du bonheur au travail, est-ce que la pandémie a renforcé cette volonté ?


J’ai toujours été comme cela. J’ai toujours été « clown ». Je ris fort, j’ai du fun. Je me suis toujours dit : le jour où je n’aurai plus de fun et que je vais me sentirais inconfortable, je vais arrêter.


Faut que je trouve mon bonheur autant dans ma vie personnelle que professionnelle. Alors j’aime ça quand je vais voir les gens au bureau, je vais rire, je m’intéresse à qui ils sont, à ce qu’ils vivent. Il y a des gens que ça fait très longtemps qui sont ici. Il y a environ 19% des employés qui ont plus de 10 ans chez LABPLAS. Ce n’est pas rien pour une entreprise qui a 35 ans! Les gens se sentent bien.


On a même quelqu’un qui a pris sa retraite et pendant 1 an et demi, elle est venue prendre son café avec les filles le matin. Et elles sont encore en contact aujourd’hui. Il y a même une situation où un ancien employé nous a offert son aide le weekend pour nous dépanner avec une situation… Ça, c’est le lien humain que tu crées qui rend ça possible, ce n’est pas le lien d’affaires. Moi, c’est ce qui me nourrit.


Donc, la pandémie pour moi, ça m’a un peu donné l’autorisation de faire des folies pour conserver le lien entre les gens. Parce que là tu as deux situations : la pandémie et une pénurie. Tu as tous les éléments pour que ce soit catastrophique! Donc oui, on peut encore perdre des employés, car un employé qui se fait offrir 2 fois son salaire un moment donné, on ne peut rien faire… Mais pour à peu près la même chose, ils ne partiront pas parce qu’il y a des gens autour et ils sont bien et savent qu’ils sont reconnus dans le groupe et acceptés comme ils sont. Et il y a toujours quelque chose qui se passe, une nouvelle surprise, une nouvelle machine. On est toujours dans l’action.


C’était une drôle d’année, mais c’était une année qui nous a permis d’aller plus au bout de notre folie!